Jean 20 : 1-18
Un collègue pasteur luthérien de Richmond en Virginie raconte qu’après une longue journée au bureau il est allé avec le pasteur Joseph Atkinson de la paroisse voisine boire une bière dans la nouvelle brasserie artisanale de la ville. Je le cite :
« Nous sommes allés avec Joseph dans le quartier branché de Richmond, dans l’une de leurs nouvelle micro-brasseries. J’ai garé la voiture le long du trottoir, marché quelques pas et guigné à travers la vitrine pour voir si c’était encore ouvert. C’était ouvert mais à ma grande surprise, j’ai vu au bar quelqu’un qui était habillé comme Jésus. Je me suis retourné vers mon collègue Joseph lui ai dit : « C’est ouvert et tu sais quoi ? Y-a Jésus là-dedans. » Joseph pensait que je faisais une blague idiote en référence au fait que Jésus trainait avec les gens de mauvaise vie… comme ceux qui fréquentent les micro-brasseries. Il avait le nez sur son portable et s’est contenté de rire et a dit : « Je sais, je sais Jésus est partout surtout dans les pubs ! »
J’ai regardé à nouveau et oui il y avait bien quelqu’un habillé comme Jésus à l’intérieur et je n’avais aucune idée de ce qu’il faisait. Nous avons donc descendu les trois marches et sommes entrés et effectivement, il y avait là un homme portant une tunique, une perruque avec une couronne d’épine et du faux sang et des sandales aux pieds. Il donnait des instructions à un groupe qui devaient goûter puis noter l’amertume de différentes bières. Quand le pasteur Joseph a levé les yeux de son portable et vu Jésus devant lui est tombé dans les escaliers.
Mais ce n’est pas le pire : vous auriez dû voir la tête de Jésus lorsqu’il a vu arriver vers lui deux pasteurs luthériens en col blanc, chemise noire et une croix en bois autour du cou !
En nous voyant Jésus est devenu livide et je me suis dit : « il va faire un malaise… « Quelques minutes plus tard, après avoir terminé son animation, il a immédiatement enlevé sa couronne et son costume et s’est faufilé vers l’endroit où nous étions pour nous présenter ses excuses. On n’a jamais vu un Jésus aussi penaud ! Imaginez sa surprise lorsque nous avons insisté pour qu’il remette son déguisement pour que nous puissions faire un selfie un à sa gauche et l’autre à sa droite comme les brigands sur la croix ! «
Cette anecdote illustre bien l’Évangile de Pâques qui nous a été lu. En voyant Jésus Marie ne tombe pas dans les escaliers mais n’en ai pas moins sidérée que le pasteur Joseph en voyant Jésus.
J’aime beaucoup ce personnage biblique. Marie de Magdala n’a pas le profil lisse des apôtres, elle est indépendante, a eu une vie avant de croiser Jésus et elle est amoureuse de lui. Originaire de Magdala, son prénom est associé à un lieu géographique, cela indique son statut social. Le cliché qui fait d’elle une femme facile et repentante vise à discréditer la sexualité en général autant que les femmes de caractère entourant Jésus.
Marie arrive au tombeau entre nuit et jour, elle est dévastée par la douleur et trop respectueuse pour entrer dans le tombeau. Elle court donc avertir Pierre et Jean et leur laisse le premier rôle selon les codes culturels de l’époque. Mais elle est bien la première à comprendre.
Son désespoir face à la mort nous ne le connaissons que trop bien. Marie de Magdala est dévastée. Pierre et Jean eux ont fait la course jusqu’au tombeau, puis constatant qu’il n’y a plus rien à voir retournent chez eux. Marie elle attend, elle est désemparée contrairement à Pierre qui, fidèle à lui-même, est dans l’agitation. Et brasse du vent. Rappelez-vous lors de l’épisode de la transfiguration : « Faisons trois tentes une pour Moïse, une pour Elie, une pour toi Seigneur… » dit-il… Pierre fait partie des gens qui cherchent des solutions à des problèmes qui n’existent pas. Et comme si cela ne suffisait pas reniera le Christ au pire des moments. Marie de Magdala elle accueille avec humilité et émerveillement ce qui la dépasse. Elle accueille le mystère, le Grand Mystère comme l’appelle le théologien amérindien Randy Woodley.
Elle entend Jésus prononcer son nom… et aussitôt elle sait que c’est lui. Cette voix, cette intonation n’appartiennent qu’à une seule personne.
Jésus n’apparait pas en premier à ceux qui courent le plus vite mais à ceux qui pleurent, qui s’interrogent, qui sont paralysés par la douleur. Hier encore Marie était résignée, mais aujourd’hui elle clame à qui veut l’entendre : « J’ai vu le Seigneur « Pour elle voir c’est croire, et parce qu’elle croit elle devient indomptable. Elle avait déjà du caractère avant cet épisode, à présent elle déchainée !
L’actualité internationale a de quoi nous plonger nous aussi dans la résignation. Quand on écoute le président Poutine, quand on écoute l’aile dure de la droite israélienne ou du Hamas y a de quoi désespérer, de quoi se résigner. Oui nous pourrions, mais heureusement pour nous nous avons-nous aussi nos Maries de Magdala . Elles s’appellent Antonio Guttierez qui exige un cessez le feu sur la bande de Gaza. Elles s’appellent Alexandre Navalny qui paye de sa vie son combat contre la dictature, et Greta Thunberg pour dire que le pillage de la planète ça suffit !
En tant que croyants et croyantes que pouvons-nous faire à part fêter la résurrection autour d’un gigot d’agneau ? En premier écouter des gens comme le théologien amérindien Randy Woodley qui à partir de sa tradition amérindienne appelle Dieu le Grand Mystère. Nous pouvons abandonner nos prétentions à tout contrôler et tout expliquer.
Nous pouvons nous laisser inspirer par l’humilité et le courage de Marie. Nous pouvons nous ouvrir à l’émerveillement… Soyons de ceux qui s’émerveillement et se laissent envahir par la joie, la jubilation, l’exaltation et la confiance.
Car c’est bien ici que la croyante et le croyant sont attendus : Choisir d’aimer, accueillir le mystère, l’émerveillement et la joie.
Ce n’est pas facile, je sais bien mais c’est bien là la méthode dite « Marie de Magdala. » Christ est ressuscité et cela change tout pour elle et pour nous !
Amen
Notes de préparation sur Jean 20 :
-Ce récit de résurrection est curieux car les personnages principaux semblent déconcertés par ce qui se passe. Les autres Évangiles racontent plus simplement cette histoire.
– Marie-Madeleine est une figure curieuse. Bien qu’elle soit brièvement mentionnée dans les Écritures, Marie-Madeleine est tenue en haute estime depuis des siècles, incarnant l’essence de la dévotion et de la repentance chrétiennes. En conséquence, son image a été réinventée à travers l’histoire, prenant diverses formes, de celle de prostituée à celle de mystique et même d’icône féministe. Sa présence dans cette histoire soulève des questions culturelles sur le rôle de la tradition, sur la question du féminisme avant l’heure. Marie Madeleine fut une figure éminente et une proche compagne de Jésus de Nazareth.
-Les métaphores de l’obscurité et de la lumière en disent beaucoup sur l’individu impliqué. L’arrivée de Marie au tombeau alors que le jour passe de l’obscurité à la lumière nous indique comment nous devons comprendre l’histoire. Les disciples passent d’une période d’ignorance (obscurité) à une période de compréhension (lumière).
« Ils ne comprenaient pas encore l’Écriture selon laquelle Jésus doit ressusciter des morts » (20 : 9). La compréhension et la croyance sont contrastées à plusieurs reprises dans cet Évangile. Ils coexistent dans la vie du croyant. Dans ce cas comme dans bien d’autres, la croyance précède la compréhension.
-Jésus appelle Marie par son nom et elle l’identifie immédiatement (20 : 16). Cela rappelle ce que Jésus a dit dans 10 :3-4 : « les brebis le suivent parce qu’elles connaissent sa voix. » Avec Jésus comme Bon Pasteur, la relation entre berger et troupeau transcende toute ambiguïté et toute dualité. Cela nous amène alors à raconter pour la première fois le cœur du message évangélique : la résurrection de Jésus.
-Le théologien amérindien Randy Woodley à partir de sa tradition amérindienne désigne Dieu comme le Grand Esprit ou le Grand Mystère. Il explique qu’il est attentif aux instants où la présence de Grand Mystère se développe en nous sans qu’aucune parole soit prononcée. Souvent nous Chrétiens occidentaux mettons des mots et des logiques sur Grand Mystère. Comme Pierre qui lors de la Transfiguration propose d’ériger trois tentes pour que Moïse, Elie et Jésus y passent la nuit. Imaginez Pierre qui voit ces trois-là resplendissants d’une lumière extraterrestre ! Que faire alors qu’on assiste à cette scène ? Construire des tentes bien évidemment pense Pierre le pragmatique organisateur… Confronté au mystère et au miracle Pierre décide d’une réponse appropriée : construire des tentes…..


Merci Richard ! C’est bon « d’actualiser » (comme on dit) ainsi l’Evangile.
Bonne montée vers Pâques.
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