Soif de reconnaissance

Le Publicain et le pharisien, James Tissot

EVANGILE – selon Saint Luc 18, 9-14

Essena O’neil est une blogueuse qui jusqu’à peu comptait 200,000 abonnés sur Youtube et 650,000 sur Instagram. Dans son dernier post elle explique que la course aux pouces levés, aux « j’aime » et à la célébrité ne l’intéresse plus. « J’en étais devenue esclave, rivée à mes écrans pour compter le nombre de personnes qui manifestaient de l’intérêt pour mon moi virtuel »
Lucide sur cette addiction invasive, elle décide de clôturer tous ses comptes qui lui rapportaient l’essentiel de ses revenus.
La parabole du pharisien et du pauvre pécheur racontée par Jésus au chapitre 18 de Luc s’adresse à tous ceux qui courent désespérément après l’admiration, et la reconnaissance des autres.  La voici: 

En ce temps-là, à l’adresse de certains qui étaient convaincus d’être justes et qui méprisaient les autres, Jésus dit la parabole que voici : « Deux hommes montèrent au Temple pour prier. L’un était pharisien, et l’autre, publicain (c’est-à-dire un collecteur d’impôts). Le pharisien se tenait debout et priait en lui-même :
‘Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes qui sont voleurs, injustes, adultères, ou encore comme ce publicain. Je jeûne deux fois par semaine et je verse le dixième de tout ce que je gagne.’ Le publicain, lui, se tenait à distance et n’osait même pas lever les yeux vers le ciel ;
mais il se frappait la poitrine, en disant : ‘Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis ! Je vous le déclare : quand ce dernier redescendit dans sa maison, c’est lui qui était devenu un homme juste, plutôt que l’autre. Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé. »

« Deux hommes montèrent au Temple…  » l’un est présenté comme un homme arrogant et prétentieux prompt à juger et dénigrer son voisin. Le deuxième est l’équivalent d’un collaborateur pendant la seconde guerre. Il prélève l’impôt pour le compte de l’envahisseur romain. « Seigneur ait pitié de moi » se borne-t-il à prier. Celui-ci repart justifié déclare Jésus.

D’après la loi de Moïse,  « être juste » s’était observer les commandements et ajuster sa conduite à ce que Dieu ordonnait.  C’est ce qu’a fait cet homme avec beaucoup de zèle…. il n’est pas pardonné pour autant déclare Jésus.

A l’opposé, le publicain est conscient de la vie méprisable qu’il mène, il préfère s’asseoir au dernier rang pendant le culte et essaie de se faire remarquer le moins possible. Celui-là sortit du temple justifié et pardonné. Pourquoi ? Parce que celui qui compte sur sa propre mesure en matière de vie irréprochable, non seulement est au risque de sombrer dans l’orgueil comme notre pharisien mais surtout il le fait en comparaison au comportement des autres. Il s’appuie sur ce qu’il a réussi à tenir comme ligne de conduite, il est irréprochable mais au petit jeu de la perfection morale il trouvera toujours meilleur que lui. Et c’est là le problème, la perfection c’est tout relatif.

A l’opposé, celui qui compte sur la compassion de Dieu s’appuie sur une bienveillance absolue et définitive. Le bon religieux pharisien compte sur sa conduite irréprochable, le publicain en appelle à la tendresse infinie de Dieu. 

Le pharisien compte sur ses propres capacités, le publicain compte sur les capacités de Dieu. 

Les mérites ne sont jamais définitifs car ils ne se mesurent que par comparaison à ceux des autres. Les accomplissements nous entraînent dans une compétition incessante avec l’autre. Le pharisien, pas plus que nous, ne peut échapper à cette logique méritocratique. 

Ceci nous ramène à Essena O’neil qui avec 650.000 abonnés sur Instagram était parvenue au sommet de la blogosphère. Ce sommet un beau matin elle décidera de le quitter: « …le système de la reconnaissance sur les réseaux sociaux est basé sur la comparaison, j’ai passé mes années adolescentes rivée sur les performances de mes comptes Instagram et FaceBook cherchant la reconnaissance et l’admiration de mes abonnés. Cette image de moi n’était qu’une sorte d’avatar photoshopé en perpétuelle compétition avec d’autres avatars. Ma vie entière était absorbée par l’image que je voulais mettre en scène. »

Réussir en se comparant continuellement aux autres est suicidaire, lit-on entre les lignes, emboîtant ainsi curieusement le pas à Jésus.

Le secret de la vie Chrétienne tient probablement en ceci: réussir ce n’est pas tant mériter l’admiration des autres qu’accepter que Dieu nous aime et reconnaît tels que nous sommes. Nous avons bien plus besoin de l’accueil inconditionnel de Dieu que des pouces levés de notre entourage d’admirateurs. 

Richard Falo, pasteur

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