Karma

« Les collecteurs d’impôts et autres gens de mauvaise réputation s’approchaient tous de Jésus pour l’écouter.  Les Pharisiens et les maîtres de la loi critiquaient Jésus ; ils disaient : « Cet homme fait bon accueil aux gens de mauvaise réputation et mange avec eux ! »  Jésus leur dit alors cette parabole : « Si quelqu’un parmi vous possède cent moutons et qu’il perde l’un d’entre eux, ne va-t-il pas laisser les quatre-vingt-dix-neuf autres dans leur pâturage pour partir à la recherche de celui qui est perdu jusqu’à ce qu’il le retrouve ? Et quand il l’a retrouvé, il est tout joyeux : il met le mouton sur ses épaules, il rentre chez lui, puis appelle ses amis et ses voisins et leur dit : « Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé mon mouton, celui qui était perdu !»  De même, je vous le dis, il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui commence une vie nouvelle que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’en ont pas besoin.  Ou bien, si une femme possède dix pièces d’argent et qu’elle en perde une, ne va-t-elle pas allumer une lampe, balayer la maison et chercher avec soin jusqu’à ce qu’elle la retrouve ? Et quand elle l’a retrouvée, elle appelle ses amies et ses voisines et leur dit : « Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé la pièce d’argent que j’avais perdue !»  De même, je vous le dis, il y a de la joie parmi les anges de Dieu pour un seul pécheur qui commence une vie nouvelle. »

Luc 15 :1-10

 L’évangile de ce jour nous présente deux situations: un mouton était perdu et est récupéré par son propriétaire et une pièce également perdue est elle aussi retrouvée. L’heureux propriétaire encourage les témoins à se réjouir : « Réjouissez-vous avec moi » (Luc 15 : 6, 9). 

Ces deux histoires sont racontées par Jésus suite à l’accusation portée contre lui d’avoir de mauvaises fréquentations « cet homme accueille les pécheurs et mange avec eux » nous dit-on (verset 2). 

Sa conduite scandalise les bien­ pensants de l’époque car il n’hésite pas à faire bon accueil à ceux qui sont des fêtards perpétuels ; il va jusqu’à partager leurs repas, contractant par là une impureté rituelle. D’où l’indignation des scribes et des pharisiens. Nombre de commentateurs de ce passage se bornent à conclure que la grande joie de Dieu est d’accueillir les égarés et les désobéissants dans la compagnie des bienheureux. Dieu accepte ceux que la société exclut, 

Je vous propose que ces deux histoires ne se limitent pas à cette conclusion évidente. Une telle conclusion limitée à cemélodrame sur les relations de Dieu avec les « âmes perdues » enlève à cette histoire sont mordant. Les paraboles de la brebis perdue et de la pièce perdue peuvent être transformées en lieux communs sur la miséricorde d’un Dieu qui sauve ceux qui sont perdus. C’est cela qui est mis en avant dans la piété sirupeuse représentée sur nos vitraux. Une telle représentation ne présente pas de réelle menace pour nos représentations.

A y regarder de plus près il y a là quelque chose de politiquement et socialement incorrect dans ces histoires de la pièce et de la brebis perdue.  

Dans notre monde on ne pardonne pas si facilement les contrevenants.  Les structures sociales sont rarement favorables aux actes d’amnistie et d’annulation de la dette. Il suffit de voir comment nos banques centrales ont humilié les Grecs lors de leur crise financière.

Accorder le pardon, faire en sorte que les échecs et les lacunes du passé ne comptent plus, rendre ceux qui ont échoué égaux à ceux qui ont réussi, donner à ceux qui ne le méritent pas une part égale à celle donnée à qui a mérité sa place dans la société, tout cela provoque généralement l’indignation. 

Prétendre que Dieu est un Dieu d’amnistie, de pardon, un dieu qui va tendre la main à celui qui s’est fourvoyé tout cela suffit à faire crucifier quelqu’un. 

L’humanité est unanime à accepter l’idée de méritocratie. Cette théorie que nous connaissons bien sous son nom sanskrit de karma. L’idée est qu’on récolte ce qu’on a semé.

Chacun de nous doit souffrir d’une manière ou d’une autre des conséquences de ses mauvais choix enseignent les religions orientales, même s’il faut des milliers de réincarnations pour cela…

Mais le Dieu révélé par Jésus ne semble pas fan de karma. En Christ, il y a possibilité d’un nouveau commencement. La possibilité d’une nouvelle existence et ainsi l’évangile est une bonne nouvelle, non seulement pour ceux qui sont en route vers le ciel en restant sur le droit chemin indiqué par les normes sociales, mais aussi pour quiconque s’est égaré et a besoin d’un pardon radical, de nouveauté et de régénération.Dieu est au centre de ces deux récits. C’est lui qui fait le premier pas, cherchant « avec soin », voire dans l’angoisse, sa créature qui s’est égarée.  C’est lui et pas la brebis et encore moins la pièce. Le comportement de Jésus est rigoureu­sement conforme à cette image de Dieu. Il se fait inviter chez les noceurs et les fêtards, et c’est ce qu’on lui reproche. Et nous ? Quelle est notre attitude face à ceux de nos compagnons de route qui se perdent ou sont rejetés par les autres ? Sommes-nous té­moins de l’inlassable miséricorde de Dieu ? Avons-nous appris à passer l’éponge sur les fourvoiements passés pour nous réjouir des nouveaux recommencements ?

« Réjouissez-vous avec moi, car je l’ai retrouvée, celle que j’avais perdue ! »

Richard Falo

Domenico Fetti, La drachme perdue, Old Maters Gallery, Dresde

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