Pentecôte, oui et… ?

Les Anglais appellent le Moyen Age « La période sombre ». Du cinquième au dixième siècle la vie était tout sauf agréable.  Rome avait été pillée et la Pax Romana n’était plus qu’un souvenir. Les famines se succédaient et on faisait comme on pouvait pour être vivant au réveil. Seule lumière à ce sombre tableau : la cathédrale la plus proche qui faisait office de plus grand chantier de travaux publics de l’époque. La construction de la cathédrale donnait du travail à des milliers de personnes et était l’épicentre culturel, social et spirituel de l’époque.

C’est ainsi que certaines des plus belles fresques, sculptures et vitraux ont vu le jour afin que la population — analphabètes pour la majorité—puisse découvrir l’histoire biblique.

A la Pentecôte on assistait à un grand barnum pendant l’office. Les immenses plafonds voûtés et finement peints cachaient des trappes qui ne s’ouvraient qu’à la pentecôte. A la lecture du livre des Actes chapitre deux étaient lâchées dans ces trappes des colombes vivantes qui virevoltaient entre les arches. Alors que les colombes virevoltaient et que les battements de tambour s’amplifiaient d’autres trappes s’ouvraient et des pétales de rose symbolisant les langues de feu du récit étaient déversées sur l’assemblée.

Les trous dans lesquels colombes et pétales de roses étaient introduits étaient appelés « Trappes du Saint-Esprit ». Après une dure journée passée aux champs à gagner sa pitance on peut imaginer l’effet qu’avait une telle scénographie. 

L’évangéliste Luc nous raconte qu’après que Jésus soit monté au ciel, environ 120 disciples, hommes et femmes, étaient réunis en un seul endroit. Ils avaient reçu l’ordre de rester à Jérusalem jusqu’à ce qu’ils soient revêtus d’une puissance d’en haut. Et c’est ce qu’ils ont fait s’enfermant dans la fameuse chambre haute, la porte bien fermée et les volets tirés, attendant et attendant et attendant encore ils ne savaient pas trop quoi…  Autour d’eux, des milliers de fidèles de toute la diaspora juive étaient à Jérusalem pour célébrer la fête de Chavouot, une célébration qui cinquante jours après la Pâque célébrait la manière dont Dieu avait formé une communauté d’alliance au Sinaï.

A travers les fenêtres les disciples pouvaient entendre ces pèlerins parler dans toutes sortes de langues, les langues du bassin méditerranéen et du monde gréco-romain. Mais les disciples eux ne bougeaient ni ne parlaient à personne bien attentifs à leur zone de confort. Mieux valait rester là où ils étaient et surtout ne pas se faire remarquer… 

Alors que l’ennui commençait à les gagner les murs commencèrent à trembler faisant tomber volets, fenêtres et gonds de la porte. Des flammes dansaient au-dessus de leurs têtes comme des langues de feu et les yeux écarquillés et les genoux s’entrechoquant les disciples se mirent à parler… Beaucoup et fort.

Entendant leurs langues maternelles, les milliers de pèlerins présents commencèrent à affluer pour écouter ce que ces prédicateurs intrépides avaient à dire. Chacun d’eux pouvait parfaitement comprendre ces sermons improvisés même si chacun venait d’un pays et parlait une langue différente. Quelqu’un s’aventura à demander ce que voulait bien dire tout ce vacarme et debout Pierre leur déclara en substance « … c’est l’Esprit qui nous rassemble au sein même de notre diversité, les jeunes et les vieux, les femmes et les hommes, les puissants et les opprimés. Dans toutes les langues du monde, l’Esprit de Dieu parle et nous voici, d’endroits différents et de vies différentes, parlant des langues différentes, mais rassemblés par cet Esprit qui ne nous laissera pas étrangers les uns aux autres. » 

À la fin de la journée, l’église était passée de 120 à plus de 3 000. Et ce n’était pas parce que le sermon de Pierre ait été dans le top dix des meilleurs sermons ou parce que les disciples avaient mis au point la meilleure des campagnes de marketing. C’était parce que quand ils ouvraient la bouche, ils parlaient comme Jésus. Quand ils saluaient des gens de partout, ils les accueillaient comme Jésus.

Ils avaient été transformés et réunis avec toutes leurs différences et diversités dans le corps du Christ.

Le miracle de la Pentecôte est que Dieu vient vers des gens aussi imparfaits, effrayés et sans inspiration que les disciples et leur insuffle cette idée que tous ont en partage l’Esprit de Dieu, tous et toutes trouvent leur place. Tous sont égaux et s’émancipent des rôles prescrits par la société patriarcale de l’époque. Dieu fait tomber les portes et les murs de la peur et les habite au point qu’ils n’ont d’autre choix que d’aller annoncer ce message de libération autour d’eux. La Pentecôte s’écrit avec les mots d’émancipation et de réunification.   

 Croyons-nous encore en un Dieu qui agit ainsi ? Un Dieu qui lutte pour la reconnaissance de chacun/chacune et pour plus de justice sociale ? Croyons-nous toujours que Dieu voit en nous des gens qui peuvent améliorer le fonctionnement de la société ?

Je crois que Dieu n’attend pas toujours poliment que nous consultions nos calendriers pour voir si par hasard nous sommes libres ce jour-là pour entreprendre quelque chose de nouveau. Je crois que Dieu nous insuffle une nouvelle vie et veut transformer nos « ils » en « nous ».

Nos vies sont à l’image de ces trappes des cathédrales médiévales par lesquelles l’Esprit-Saint entre dans le monde, nous surprend, nous émerveille et nous transforme.

Image: Disciples de Bernard Van Orley, North Carolina Muséum of Art

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